Coup de tronche sur Avignon...

Publié le par Manuel PRATT

Bienvenue dans un spectacle de la Compagnie Manuel Pratt.

Depuis quelques années nous pratiquons le payement libre, plus communément appelé :

Payement au chapeau

 Que signifie le payement libre et pourquoi ce choix …

Le spectateur verse une somme d’argent en fonction de plusieurs critères :

-          Son appréciation du spectacle

-          Ses possibilités financières.

Si on devait résumer schématiquement :

On donne ce que l’on veut à la hauteur de son ressenti et on donne ce que l’on peut suivant la grosseur de son porte-monnaie. Il est assez facile d’évaluer le tarif d’un spectacle en regardant les prix effectués dans les théâtres concurrents pour se faire une idée du prix d’un billet.

Je ne reçois aucune aide, aucune subvention,  le coût du  Festival d’Avignon ( location de salle, inscription, frais annexes …) est payé par l’argent des cachets effectués durant l’année lors des tournées et divers galas.

Je ne veux pas jouer les martyrs, les comédiens ignorés des mécènes lointains, des producteurs avides, non je tiens tout simplement à une liberté complète, liberté que j’assume et que je paye chèrement et l’expression est bien choisie …

Je ne peux critiquer un système politique, une gestion municipale si chaque mois, je dois recevoir de la Ville ou de l’Etat, de l’argent qui me permettrait de m’exprimer sur scène…

 Cela serait malhonnête et profondément obscène.

Je ne veux pas non plus que le prix d’entrée soit un facteur de tri, un obstacle, une barrière, une interdiction pour un spectateur qui n’aurait pas les moyens financiers  de venir se détendre.

Ma porte doit rester ouverte et elle le restera.

Certains me diront que financièrement cette démarche est suicidaire,  que c’est un sacrifice inutile, souvent ses remarques proviennent de directeurs de théâtres qui se vantent d’avoir une programmation à tendances sociales et humanistes, que le spectacle vivant doit être partagé mais ce sont aussi les mêmes qui pratiquent des tarifs exorbitants, pratiquant dès lors la sélection par les revenus …

Vous avez dit social ????

Que fait dès lors celui ou celle qui se sent rejeté de partout car financièrement  non autonome, il ou elle se tourne vers le seul moyen d’expression qui reste à peu près gratuit (j’oublie la redevance) il ou elle se cale devant la télé et absorbe les niaiserie, télé réalité, les jeux débiles, les animatrices vulgaires, les jurys aux carrières ratées qui pour avoir été humiliés se mettent à humilier à leurs tours…

Je ne critique pas spécialement le spectateur de rester scotché devant Tf1, M6 ou tout autre chaîne ; a-t-il, d’ailleurs le choix pour un autre loisir si même pour manger, il a du mal à assurer la gestion de son quotidien. ..

Mais si on lutte contre ces chaînes et leurs programmes putrides, encore faut-il donner au public un autre choix, une autre possibilité de ne pas rester agglutiné devant son petit écran, bientôt trois D ..quoique 3 D , il l’a toujours été :

Détestable, débile et Dégueulasse.

C’est la raison du payement libre.

Et m’auto finançant à 100%, on ne pourra pas m’accuser de démagogie simpliste.

Quant à celui qui a les moyens et qui préfère ne rien donner juste pour le plaisir, je le laisse avec sa conscience et je me rassure en pensant qu’en mangeant dans un restaurant avignonnais lors du festival, là où il sera obligé de régler une addition souvent comme son repas trop salée, quelques heures plus tard, il se tordra de douleur victime à son tour d’une malhonnêteté bien méritée…

Bon spectacle.

Manuel Pratt

Commenter cet article

Raphaël 06/07/2012 22:38

Bravo Manuel, au-delà du discours, peu de gens ont le courage de refuser toute compromission et de mettre en application leurs principes, y compris lorsque cela engendre de l'inconfort, donc quand
je viendrai te voir à Avignon je t'apporterai mon soutien, moral (bon, c'est sympa mais c'est pas avec ça que tu vas bouffer) et financier (alors là ce sera pas le Pérou, d'ailleurs rire c'est
inestimable de toute façon, mais disons que je tenterai de contribuer à la mesure de mes modestes moyens), car tu le vaux bien, comme on dit sur TF1 et autres, sauf que là c'est vrai. A bientôt.