Seul en scène, Pratt se met à nu, nous dévoilant pour la première fois ce qui a fait de lui l'auteur engagé et l'artiste provocateur que nous connaissons par ses one-man-shows, et son théâtre documentaire. Il nous offre son jardin secret dans un spectacle sobre et sincère, libre et terriblement émouvant.
« MAUX-DIRE »
On connait Manuel Pratt cynique et indépendant. Incisif et caustique. On le découvre ici infiniment humain. Fragile, cinglant, brisé… mais en cours de reconstruction. Thérapie par le rire et par le dire.
Comment envisager une vie d’adulte sereine lorsqu’on doit se construire sur une enfance brisée ? Lorsqu’on a grandi entre les rancunes entretenues, les haines tenaces, les racismes de tout poil ? Lorsqu’on a hérité, comme une tare génétique, des traumatismes, quoiqu’indirects, de la Shoah ? Comment se projeter dans l’avenir lorsque celui-ci a été, à jamais, marqué par la haine, par la violence et par le sang ?
Sans doute n’y aura-t-il jamais de véritables réponses à ces questionnements. Sans doute, l’oubli ne pourra jamais étendre son voile sur ces souvenirs. Mais dire la souffrance est sans nul doute la première étape pour approcher de l’apaisement. Et c’est dans cette logique que Manuel Pratt nous invite à un étrange parcours initiatique. Entre naïveté de l’enfance et douleurs assassines. Entre rires et larmes. Car du drôle, il y en a. L’humoriste transcende une partie de son passé par le rire. Mais pas le rire caustique auquel il nous a habitué jusqu’à présent. Un rire plus doux. Plus douloureux aussi. Un rire qui s’abîme dans les tourments de cette enfance brisée trop tôt et que le comédien exorcise un peu chaque jour.
Dire pour oublier. Dire pour se convaincre que tous les hommes ne sont pas des hyènes. Et peut-être finir par croire en l’humanité des gens. Peut-être seulement. Mais l’espérance elle-même est déjà beaucoup. Et la promesse d’amour qui brille dans les yeux d’une petite fille est sans nul doute le moteur essentiel de la reconstruction. Et, peut-être, du pardon. Un spectacle hors norme, dont on ne peut sortir indemne. Et dont on sort, sans doute, un peu plus humain.